1. Présentation
Imatest
est un logiciel d’analyse
pour mesurer les performances d’un système photographique
numérique, d’un scanner et/ou d’une imprimante.
Développé par Norman Koren, spécialiste
reconnu au niveau international de la photographie numérique, « Imatest » a été officiellement
présenté en septembre 2004. Depuis, le logiciel
ne cesse de se perfectionner et propose depuis quelques mois
de nouveaux modules permettant
de mesurer le vignettage (« Light Falloff ») et les performances
d’un ensemble papier/scanner/imprimante. |
Il lui
manque actuellement que la fonctionnalité pour quantifier la distorsion optique
pour devenir une suite complète et cohérente. Mais
même aujourd’hui (en Mai 2005) elle constitue un
outil très performant pour l’élaboration
des tests d’appareils numériques. Dès sa
sortie, le logiciel a rapidement trouvé des adhérents
en Amérique (« Digitalcamerainfo.com ») et
Europe («Chasseur d’Images, Digital Photographer »). |
2. Modules
Dans sa version actuelle (Mai 2005), 1.3.3, on dénombre cinq
modules d’analyse au sein de l’application « Imatest ».
Ceux-ci se nomment :
|
• « SFR ». Abréviation
pour Spatial Frequency Response, le module SFR permet mesurer
la résolution optique (« piqué ») d’un
système photographique. Il permet en outre une analyse
des aberrations chromatiques latérales, du bruit et la
capacité Shannon.
• « Colorcheck ». Comme l’appellation l’indique,
Colorcheck est basé sur l’analyse d’une reproduction de la
charte « Colorchecker » de chez GMB. Ce module facilite l’appréciation
de la restitution des couleurs et de leur saturation. Des mesures supplémentaires
pour le bruit, gamma et réponse tonale.
• « Stepchart ». Anciennement nommé « Q-13 Stepchart «,
cette fonction d’Imatest quantifie le bruit à l’aide d’une
charte grise du style « Kodak Q13/Q14 » ou Stouffer, Danes-Picta… »Accessoirement »,
ce module mesure la réponse tonale et la dynamique d’un système
photographique.
• « Light Falloff » a été conçu pour mesurer
le vignettage, mais peut également être employé pour analyser
l’homogénéité d’illumination d’un flash électronique
ou d’une vitre de scanner, pour mentionner deux exemples.
• « Print Test », addition récente tout comme « Light
Falloff » est le module le plus complexe et le moins documenté.
Il permet de évaluer et comparer des ensembles scanner/ papier/ imprimante
sur les critères Dmax, gamut et restitution des couleurs ainsi que la
réponse tonale.
|
 |
Mire ISO 12233
3. Mise en œuvre
« Imatest » présente la
particularité de se baser sur plusieurs types de chartes
ou mires livrés avec le logiciel en forme de fichier imprimable
ou disponibles dans le commerce spécialisé. Le logiciel
se démarque ainsi de son concurrent omnipuissant, « DxO
Analyzer Pro » de la société française
DxO Labs, basé sur une mire propriétaire, très
lourde et onéreuse mais qui présente un avantage,
la répétitivité parfaite des résultats.
Le logiciel de Norman Koren se contente de peu en restant très
bon marché, mais demande une très grande rigueur
et discipline de la part du testeur. Il faut également disposer
d’un trépied ultra stable et des éclairages
capables de produire une lumière homogène et stable
(flashs de studio, éclairage fluo lumière du jour,
torches tungstène..). La moindre erreur dans l’exécution
des tests conduira à l’échec
! Sur le site d’Imatest, on trouve une foule de conseils
pour bien maîtriser tous les aspects de mise en route du
logiciel (voire illustration ci-dessous). Je donnerai davantage
de conseils lors de la présentation de chaque module.
|
 |
(Source : Imatest.com)
3a.Chartes employées
Le module SFR requiert
des cibles à bord
inclinées en noir et blanc (slanted-edge target). Ceux-ci
se trouvent sur les deux chartes livrées avec le logiciel
(Edge_chart_low.png (recommandé) et Edge_chart.png. La charte « ISO
12233 »est un exemple plus sophistiqué qui contient
deux parties pouvant être utilisés pour des tests
de « piqué » à l’aide de SFR. Une
autre possibilité est la charte USAF, imprimé sur
une grande taille (min.50x60cm). Il est important d’imprimer
ses chartes avec la meilleure qualité possible (finesse
de trame) lorsqu’on utilise une imprimante jet d’encre
et sur papier mat ou semi mat pour éliminer des reflets
nuisible pour nos mesures.
|
Exemple d'un motif à bords
inclinés (slanted-edge pattern)
Des chartes «Colorchecker» et «Kodak Q-13» complètent
l’éventail pour l’analyse d’un système
photographique numérique. Pour les deux, il est extrêmement
important d’utiliser un éclairage uniforme et dépourvu
de reflets. Il est primordial d’utiliser un posemètre
manuel, excuser moi l’anachronisme, pour s’assurer d’une
homogénéité d’environ +/- 0.1 EV sur la
surface des chartes. Le logiciel vous avertira sinon par des messages
d’erreur et la précision des résultats ne sera
plus garantie. Il est même souhaitable de dérégler
légèrement la mise au point pour réduire l’interférence
des bords noirs entourant les patches de la charte « Colorchecker »,
toujours un peu brillants. |
3b.Réglages
de l’appareil
Pour évaluer chaque appareil au sommet
de ses possibilités, il est indispensable d’utiliser
le format Jpeg avec le moindre taux de compression ou le format
RAW, autre possibilité. Le module « dcraw »,
incorporé dans Imatest, se différencie des autres
logiciels de conversion RAW par son adoption d’une conversion
linéaire et l’absence de renforcement, pratique pour
la comparaison de plusieurs appareils. Réglez votre appareil
sur une balance des blancs la plus proche possible de la TC (température
de couleur de votre éclairage et vérifiez l’histogramme
post- prise de vue pour éliminer le risque d’un écrêtage
d’information («clipping»), problématique
pour la précision des mesures. On compare plusieurs appareils
en ramenant tous les réglages concernant contraste, teinte,
renforcement, saturation etc. à zéro (réglages
par défaut de l’appareil).
|
4. Essais pratiques avec SFR
Pour mieux comprendre
le fonctionnement d’Imatest,
je vous laisse découvrir les résultats d’un
test du nouveau modèle phare de chez Canon, l’EOS
1 DS Mark 2. Cet appareil arrive fin 2004 pour remplacer l’EOS
1DS, déjà en service pendant deux ans. Cet ancien
modèle arrivait au même temps que le Kodak DCS 14
n et faisait sensation à l’époque avec son
capteur CMOS de 11MPix. et doté du format 24x36. Les photographes
se sentaient en fait frustrés avec un capteur d’une
taille plus petite qui présentait (et présente toujours)
plusieurs inconvénient majeurs : conversion de focale, aucune
possibilité pour employer des objectifs SGA, considérations
esthétiques et artistiques (perception différente
des zones floues). Avec sa taille de photosites autour de 9µm,
le capteur du 1Ds disposait aussi de bonnes prédispositions
pour un excellent rapport signal/bruit. Le nouveau boîtier
poursuit l’incursion de Canon dans le domaine de la photographie
de studio au point de devenir une alternative crédible face
aux dos numériques moyen format au tarif très élevé.
Bien que je sois contre la tendance actuelle de vouloir tout faire
avec un seul appareil photo très haute définition,
je conçois que le Canon possède tout pour séduire
un nombre important de photographes professionnels. Avec ses 16
Millions Pixels l’EOS 1DS Mark 2 se frotte à l’ancienne élite
des dos numériques, les H20, Imacon Ixpress et Valeo 16,
tout en offrant des dimensions inférieures pour son capteur
(24x36 mm contre 36x36 mm). Je fais tous mes tests d’appareils
avec une optique de meilleure qualité possible, un objectif
macro de focale standard, ici l’EF 2.5/50 mm. Une série
d’images à diaphragme variable est prise de F2.5 à F22.
Les objectifs atteignent leur maximum de résolution après
fermeture de 2 ou 3 diaphragmes. Les images sont ensuite chargés
sur l’ordinateur et ouverts dans l’application « Imatest ».
Notre analyse avec le module SFR commence ….. SFR (Spatial
frequency response = fréquence spatiale) ne désigne
rien d’autre que MTF (Modulation Transfer Function = fonction
de transfert de modulation). Cette valeur MTF exprime le rapport
de contraste entre l’objet de prise de vue et son image en
fonction d’une fréquence spatiale définie.
Imatest mésure la résolution optique pour MTF50 tout
en étant également capable de calculer une deuxième
valeur comme MTF 30. Allons donc analyser les valeurs du premier
graphe :
|
 |
Le bord
droit de l’illustration regroupe les
informations relatives à la prise de vue (aperçu de
l’image entière, de la zone d’intérêt
(ROI), notre cible à bord incliné) et les informations
EXIF de l’appareil ainsi que quelques infos supplémentaires
comme l’objectif et le format d’enregistrement ( ici
: Jpeg-L). »Edge profile » présente deux courbes.
La première, noire, désigne les performances sans renforcement,
la deuxième, rouge, simule les résultats après
un renforcement standard avec R=2. Le graphe SFR est finalement le
plus utile pour évaluer les performances d’un ensemble
capteur/objectif. La ligne noire présente la courbe MTF brute,
non renforcé (MTF 50=90.2 Cy/inch, 2001 LW/PH), la rouge simule
un passage en « renforcement normalisé » avec
R=2 (MTF50 (corrigé) = 102C/inch, 2256 LW/PH. |
4a.Standard Sharpening
( Renforcement normalisé)
Il est
quasiment impossible de juger le pouvoir de résolution d’un appareil photo numérique
en exploitant que les valeurs “brutes”. La raison est
simple : Chaque appareil emploie un algorithme de renforcement
spécifique qui rend difficile une comparaison avec un autre.
On constate souvent un renforcement vigoureux et quasi systématique
pour les clichés sortant d’appareils compact numériques,
astuce pour atteindre un piqué irréprochable pour
de petits tirages, mais très pénalisant pour le photographe
exigeant souhaitant tirer des photos en format poster. Un renforcement
exagéré provoque ici un foisonnement d’artefacts
et de bruit, nuisible pour la qualité d’image et interdisant
un post traitement. Les appareils reflex numériques professionnels
adoptent ici la démarche inverse. Le renforcement est très
réduit pour permettre un post traitement confortable, indispensable
pour un photographe chevronné qui emploie le renforcement
qu’à la fin du traitement. Il n’est donc pas
rare que les appareils compacts numériques « enterrent « leurs
frères reflex au niveau des valeurs « brutes ».
Norman Koren a donc établit le terme « standard sharpening » qui
tente à simuler un traitement de renforcement (ou « dé renforcement »)
d’un radius égal à R=2 pour permettre la comparaison
du piqué de plusieurs appareils d’une façon équitable.
Un appareil comme l’EOS 1DS Mk 2 présente une valeur « Undersharpen
(renforcement négatif) de 12.7%, valeur qui exige une correction.
Les « photoscopes « (APN compacts) souffrent bien souvent
du « Oversharpen (renforcement excessif) et le « standard
sharpening » provoque une correction des valeurs MTF 50 trop élevées
et irréalistes.
|
4b.Valeur idéale en Megapixel et Fréquence
Nyquist
La fréquence la plus élevée
ou l’appareil est toujours capable de résoudre des
détails s’appelle la fréquence Nyquist. Toute
information au-delà de ce f (n) crée du « Aliasing »,
du moiré et n’ajoute plus à l’information
exploitable. Il sera donc judicieux de la part des constructeurs
d’appareils numériques d’intégrer des
filtres passe-bas (Anti-Aliasing Filter) qui « coupent » toute
information des fréquences supérieures à Nyquist
, tout en optimisant les performances dans le range « exploitable ».
Un système photographique « idéal » dispose
donc d’une valeur MTF = 1 en dessous de Nyquist et MTF =
0 au-delà. Ce n’est malheureusement impossible car
les interactions entre objectifs et capteur sont très complexes
et l’apparence du moiré dépend également
de la résolution de l’objectif. Un objectif de qualité inférieure
peut donc produire moins d’artefacts qu’un objectif
de toute première qualité. La valeur idéale
affichée ci-dessous (7.64 Mpix.) simule donc une transmission
parfaite, sans les contraintes du couple capteur, filtre A.A et
objectif. Avec SFR il est possible de mesurer la fréquence
Nyquist, illustrée par une ligne verticale de couleur bleue
afin d’évaluer la fréquence maximale « bénéfique ».
Il s’avère que les appareils dépourvus du filtre
passe-bas, comme le fameux capteur CMOS de « Fillfactory »,
délivrent une résolution très élevée,
mais guère exploitable à cause des artefacts trop
marqués qui dégradent la qualité d’image
outre mesure. La résolution doit donc être considérée
au même temps que la valeur de Nyquist…..
|
4c.Aberration chromatique
L’aberration chromatique
est un défaut optique qui concerne surtout les objectifs
grand-angle, objectifs télé et zooms d’un « range » de
focales allongé. La photo numérique fait que renforcer
l’aberration chromatique, auparavant en partie absorbé par
la diffusion et la texture irrégulière des couches
argentiques. Elle est d’autant plus forte qu’on s’éloigne
du centre optique. « Imatest » est capable de mesurer
l’aberration chromatique latérale au même temps
que la résolution optique à l’aide du module
SFR. Un graphe lui est dédié :
|
|
Ici sont
visualisé l’aberration
chromatique (très faible) du boîtier Canon 1Ds Mk2
et l’objectif EF 2.5/50 Macro. La valeur CA (area) signifie
le décalage maximal en pixels entre les zones d’amplitude
plus élevée (vert) et plus réduite (rouge).
Une valeur de 0-0.5 est insignifiant, de 0.5-1 réduite (peu
visible), de 1-1.5 modérée (visible pour des rapports
d’agrandissement élevées) et 1.5 + fort (très
visible et gênant). Norman Koren a récemment remplacé ce
système de notation par un nouveau système, exprimé en « pourcentage
de la distance du centre d’image » pour tenir compte
de la position du ROI (region of interest) et pour minimiser certaines
erreurs. Voire le graphe ci-dessous :
|
|
|
Ce graphe,
en provenance de la dernière version d’ »Imatest », intègre
cette nouvelle valeur (CA=0.062 % de la distance du centre d’image).
Ici on aperçoit mieux l’aberration chromatique latérale,
il s’agit d’une mesure d’une image prise à F2.5
avec le même objectif Macro EF 2.5/50. L’aberration
chromatique est beaucoup plus prononcée à cette pleine
ouverture, sans être excessivement élevée.
La nouvelle échelle de Norman Koren pour évaluer
l’aberration chromatique est la suivante : 0-0.04 : insignifiant,
0.04-0.08: réduite (peu visible), 0.08-0.15 : modérée
(visible pour des rapports d’agrandissement élevées),
0.15+ fort (très visible et gênant).
|
4c.Noise Power Spectrum
(spèctre de bruit)
« Imatest » met
ici deux tableaux supplémentaires à disposition
du testeur. Leur signification n’a pas été élucidée
d’une façon très claire par le concepteur
Norman Koren. Le premier graphe nommé « Noise power
spectrum ». La ligne noire est la moyenne des deux courbes
vertes et cyan. Une courbe très en pente signifie une
réduction du bruit prononcé du logiciel interne.
|
4d.Shannon
capacity (capacité Shannon)
Dans la
communication électronique,
la capacité Shannon est la quantité maximale d’information
qui traverse un canal sans erreur. Norman Koren définie
son application pour la photographie numérique comme suit
:
«
Perceived image quality is proportional to Shannon information capacity,
which is a function of both MTF (sharpness) and noise (grain)”.
La qualité d’image perçue est proportionnelle à la
capacité d’information Shannon, qui dépend de
MTF (“netteté”) et bruit (« grain »).
La capacité Shannon tente ainsi de livrer une mesure pour
la qualité d’image prenant en compte le bruit électronique,
facteur limitant l’exploitation de la résolution brute. « Imatest » présente
trois valeurs pour les niveaux de contraste de 1, 10 et 100%. La
capacité Shannon ne livre à ces jours que peu de ses
secrets et je peux seulement résumer qu’une valeur plus
importante signifie une meilleure qualité d’image….
|
4d.Traitement par lot
Imatest
possède la possibilité d’effectuer un traitement
par lot afin d’exécuter le module SFR pour un nombre
important de fichiers. Cette option facilite la mise en œuvre
de tests d’objectifs pour toute l’échelle
de diaphragmes. On peut ainsi, tout en respectant un cadrage
identique, déterminer les zones d’intérêt
(ROI) sur la première image et automatiser la lecture
des images suivantes.
|
5. Essais
pratiques avec « Colorcheck »
Comme expliqué plus haut,
le module « Colorcheck » utilise une mire « GMB
Colorchecker » pour analyser la restitution des couleurs
et leur saturation.
|
Mire « Colorchecker » prise
avec le Canon 1Ds Mark 2, corrigé avec « Picture
Window Pro », espace Adobe RVB 1998
|
5a.Espace de Couleur et profil ICC
On confond
souvent les deux termes « espace
de couleur » et « profil ». L’espace de
couleur est un espace d’échange suffisamment large
pour permettre la conversion entre profiles et espaces de couleurs
tout en minimisant les pertes d’information des couleurs.
Ces espaces de couleur sont « device independant » (non
liés à un périphérique), ne correspondent
donc jamais au gamut exploité par un périphérique
d’image (scanner, APN, moniteur, imprimante, traceur etc.).Les
appareils reflex numériques d’aujourd’hui proposent
l’enregistrement dans deux espaces de travail (sRVB et Adobe
RVB) et effectuent au moment de l’enregistrement interne
en format Jpeg ou TIFF cette conversion entre l’espace d’entrée
(profil de l’appareil) et ces espaces de travail. Certains
appareils proposent en outre des matrices couleur supplémentaires,
basées sur le « sRVB », offrant plus au moins
de saturation et des variations de teinte par rapport au « sRVB
classique ». Imatest permet de calculer la restitution et
saturation à partir des deux espaces principaux, sRVB et
Adobe RVB 1998.
|
Espace |
Espace |
sRGB Standard
sRGB High Saturation
sRGB Portrait
sRGB Low Saturation |
103.6 %
114.8 %
101 %
85.57 % |
Exemple pour la saturation
de quatre matrices couleurs basées
sur l’espace sRVB, 1Ds Mk2
5b.Analyse des couleurs avec Colorcheck
Tableau L*a*b Color error / Canon EOS 1DS Mk2, Adobe RVB 1998
Après reproduction de la charte « Colorchecker » (il
faut respecter les directives de Norman Koren, sinon les résultats
seront erronés)*, on procède à l’analyse
de celle-ci. Deux tableaux seront particulièrement intéressants
pour évaluer la restitution des couleurs, le tableau L*a*b
Colorerror et un deuxième tableau qui représente les
couleurs réelles et souhaitées ainsi que l’erreur
de la balance des blancs relevée sur les patches gris neutre
de notre charte. La première affiche des mesures pour la saturation
moyenne et l’erreur delta-E de la restitution des couleurs.
La saturation moyenne est calculée comme étant 100%
x la saturation moyenne des couleurs reproduites divisée par
la saturation idéale de la mire Colorchecker. Des saturations
supérieures à 100 % signifient des couleurs éclatantes.
La saturation moyenne n’est pas un facteur important pour la
qualité d’image, puisqu’elle peut être ajustée
dans un logiciel d’édition graphique. Mais elle peut
caractériser un appareil au niveau de sa cible utilisateur.
Les appareils reflex numériques professionnels disposent souvent
une saturation par défaut qui s’approche de la « norme » 100%,
le photographe étant bien capable de peaufiner la saturation
finale de ses images lors de la post-production. Il est d’ailleurs
plus simple de saturer une image que de faire le contraire….Le
grand public étant demandeur d’images « prêtes à consommer » préféra
une saturation plus marquée qui frise souvent les 120%. Il
n’est pas rare de trouver différentes appréciations
pour la restitution des couleurs en fonction du contexte culturel,
du goût personnel etc. du spectateur. La deuxième valeur,
Mean color error( delta-E, corrected for saturation), est plus « scientifique ».
Elle décrit la distance moyenne entre les couleurs reproduites
et les couleurs idéales, après ajustement de la saturation
pour correspondre aux valeurs de saturation originales. Ce
chiffre, 4.8 pour le graphe ci-dessus est un bon indicateur
pour la qualité colorimétrique d’un système
photographique. Les meilleurs appareils du moment comme le Fuji
S3 Pro (3.5 pour Adobe RVB 1998) et le Canon 1DS Mk2 (4.8 pour
Adobe RVB 1998) atteignent une qualité colorimétrique
exceptionnelle.
Le deuxième graphe nous présente les patches couleur
charte « Colorchecker »dans trois variations. L’extérieur
de chaque patch représente la couleur photographiée,
le carré du centre la valeur idéale avec compensation
de la luminosité de la charte photographié. Le petit
rectangle côté droit du carré central montre
enfin la couleur idéale, sans correction de luminosité,
dans son état « pure ». On aperçoit ici
donc une évaluation visuelle de la restitution des couleurs,
bien utile et complémentaire de l’analyse ci-dessus.
|
 |
* « Colorchecker » nécessite, tout comme les
autres modules de la suite, beaucoup de soin au moment de la prise
de vue
afin d’obtenir des résultats exploitables. L’éclairage
doit être doux et régulier, la charte gagne d’être
reproduite avec un très léger décalage de mise
au point afin de rendre la texture de la charte « Colorchecker » inoffensif.
Il est préférable d’effectuer une balance des
blancs précise. Pour avoir des résultats comparables
et indépendants de l’appareil utilisé, j’utilise
le préréglage de la balance des blancs correspondant
au type d’éclairage (lumière du jour, flash)
et ajuste la balance sur les patches gris No.19 (haute lumière),
21 (gris clair) et 24 (noir) à l’aide de la commande « Transformation-Color-Balance « du
logiciel « Picture Window Pro » de l’éditeur « Digital
Light and Color ». |
6. « Stepchart »
« Stepchart »analyse
le bruit et la dynamique d’appareils photos et scanners.
On peut utiliser pour les tests des chartes du style Kodak Q-13/Q14
ou des chartes translucides de Stouffer, Kodak ou Danes-Picta
nécessaires pour mesurer le range dynamique d’un
système photographique. « Stepchart » offre
les mesures les plus précises du bruit et ce module y
est donc à privilégier, les 20 patches d’une
charte Kodak offrant davantage de précision….
|
Exemple d’une échelle de gris obtenue à partir
de la charte Q-13, Canon EOS 1DS Mark 2
|
|
Le graphe
au-dessous montre la densité moyenne des patches gris permettant d’analyser
la linéarité de la réponse tonale de l’appareil.
L’illustration en bas enfin dévoile le bruit RMS (
root mean square ») pour chaque patch, séparé en
Rouge, Vert, Bleu et Y pour la luminance. Il est d’ailleurs
normal que le bruit monte dans les densités élevées.
Une linéarité approximative des quatre courbes RGBY
exprime un bruit « coloré » (chrominance) relativement
réduit et le niveau peu important de Y témoigne d’un
bruit monochromatique discret (luminance).
|
Un
tableau basé sur des valeurs moyennes R*V*B*Y relevées à l’aide
de « Stepchart » (ancienne version). Graphique établie
avec Excel. |
|
|
« Stepchart « analyse
le range dynamique d’un appareil photo ou d’un scanner,
mais nécessite dans ce cas l’emploi d’une charte
transparente. La valeur affichée ici (DR = 6.31 diaphragmes)
est le maximum qu’on puisse atteindre moyennant l’emploi
d’une charte du type Q-13. Le graphe du milieu quantifie
le bruit en diaphragmes (EV). Les régions les plus bruitées
se trouvent à gauche (basses lumières). « Noise
Spectrum » (voire 4c.) donne des indications quant à l’emploi
d’une réduction de bruit interne de l’appareil.
Une courbe très en pente signifie un traitement interne
important, destructeur de bruit mais également destructeur
de détails par son lissage.
|
« Imatest » permet de quantifier le bruit d’un
système photographique out en offrant des informations plus
précises sur sa nature (relation entre bruit coloré et
bruit monochromatique) et permet même de dévoiler les
moyens mises en œuvre par le fabricant pour combattre le bruit.
La comparaison du niveau de bruit entre plusieurs appareils en est
simplifiée.
|
6a) Traitement du bruit et conversion RAW
« Imatest « peut être utilisé pour comparer
les nombreux logiciels de conversion qui possèdent souvent
des importantes différences de qualité liées
aux algorithmes de conversion propriétaires. Les illustrations
ci-dessous montrent deux approches différentes pour le traitement
de bruit. « Helicon Filter Pro » privilégie
un niveau de bruit réduit avec un décalage entre
les trois couches RVB (illustration de gauche) tandis que C1Pro
(droite) favorise un faible bruit chromatique (couches RVB proches)
tout en maintenant un bruit monochromatique plus marqué,
mais moins gênant pour l’utilisateur (visuellement
proche du grain argentique) ! |
« Helicon
Filter Pro » |
« Phase One C1Pro » |
 |
 |
7. « Light
Falloff »
Nouveauté depuis la version 1.3 (Mars 2005), ce module peut
accompagner SFR pour la mesure des objectifs photographiques. Il
permet l’analyse du vignettage optique, tout en étant
capable de mesurer toute illumination hétérogène.
Je pense notamment aux flashs électroniques et aux vitres
des scanners. L’exemple suivant montre le vignettage obtenu
avec un Canon EF 2.8/24-70, pleine ouverture et f=28 mm sur un
boîtier EOS 1DS MK2. On relève un vignettage allant
jusqu’à -0.799 EV dans les coins de l’image,
avec une moyenne de -0.761 EV. Ce vignettage, assez gênant
sur des sujets aux plages uniformes (ciels, murs etc.) s’estompe
avec la fermeture du diaphragme, au point de devenir invisible. « Light
Falloff » affiche les valeurs de correction pour « Picture
Window Pro », éditeur graphique très puissant
sous MS Windows.
|
 |
 |
La même prise de vue servait pour ce graphe qui donne une
radiographie du bruit sur toute la surface de l’image, amplifiée
par un facteur de 10 fois. La transition irrégulière
est probablement provoquée par des erreurs de calcul du
convertisseur A-D (Analog-Digital) de notre capteur. Un « détail »,
d’ailleurs invisible sur les photos…
|
8. « Print Test»
« Print Test » est tout orienté vers l’impression
(jet d’encre) et tente d’examiner la qualité de
nos impressions sur les points suivants :
• restitution des couleurs
•
« gamut » ou les limites pour la reproduction des couleurs
•
réponse tonale (restitution de la densité originale)
•
DMax (densité maximale)
La qualité du résultat imprimé dépend
des variables suivantes : imprimante, papier, encre, espace de
travail RVB, profil ICC, intention de rendu, RIP employé et
SGC (système de gestion des couleurs, moteur de conversion).
Il est donc évident que l’emploi de « Print
Test » est d’une redoutable complexité. Pour
examiner une imprimante ou plutôt sa qualité de restitution, « Print
Test » nécessite l’emploi d’un scanner à plat
de très bonne qualité muni d’un bon profil
ICC car la cible fournie par « Imatest » est d’abord
imprimée et ensuite scanné avant d’être
ouverte dans « Imatest » pour générer
nos graphes.
|
Agfa Snapscan |
Epson Pro 10000XL |
 |
 |
Original, Adobe RVB |
Epson 1290, Tetenal Heavy Weight Matte Paper 241g, Agfa Snapscan |
 |
 |
Perte de saturation des couleurs
et apparition de « banding » après
impression avec le profil de la marque de papier et scanner muni d’un
profil établi avec « LCMS Profiler ». La perte de
saturation sera plus modérée avec un papier brillant et
un scanner de qualité comme l’Epson 10000 XL.
Mesure Dmax
« Print Test » est un outil très puissant pour évaluer
la qualité d’impression. Son manque de documentation
et le peu de recul qu’on possède sur l’interprétation
des résultats rendent cet outil un peu "expérimental
"(Mai 2005). A suivre…
|
Liens :

|
Cet article et son auteur ont contribué à la génèse de l'ouvrage "La pratique du reflex numérique" de René Bouillot, paru en juin 2006 aux éditions VM (Groupe Eyrolles).
|