LIGHTROOM et la couleur

Que Lightroom n'a pas été conçu pour détrôner Photoshop devient évident lorsqu'on compare les fonctionnalités pour la gestion des couleurs des deux logiciels.

La chambre claire

Fruit d'un développement assez long, Lightroom est une application conçue exclusivement pour les photographes - et non pas pour les spécialistes de la prépresse ! Le logiciel prend un malin plaisir de dissimuler ses fonctionnalités pour la gestion des couleurs « sous le capot ». Cette simplicité qui vise les photographes, généralement peu concernés par les subtilités de la gestion des couleurs, n'est pas sans conséquence pour son utilisation au jour du jour. Bien que discret, le logiciel intègre tout de même (presque) tout ce qu'il faut pour travailler ses images confortablement.
Lightroom intègre en effet la gestion des couleurs et exige l'intégration d'un profil d'affichage, identique au profil par défaut défini par votre système d'exploitation. Toutefois, Lightroom se limite aux fichiers Raw et où fichiers RVB édités. Bien que le logiciel dispos un nombre de modules capables d'organiser, d'éditer, d'imprimer et créer de pages Web à partir de vos fichiers, sa vocation première demeure la conversion de vos fichiers Raw. Le moteur de conversion Raw est basé sur celui d'ACR et intègre les principaux les outils et fonctionnalités de ce dernier. À terme, les deux modules de conversion bénéficieront d'une parfaite intégration et compatibilité. Mais les différences des deux modules pour la gestion des couleurs tiennent à l'application mère ; Photoshop est incomparablement plus souple et complet que Lightroom. Face à un éditeur « pluridisciplinaire » (RVB, CMJN, LAB), Lightroom montre les limites de sa conception d'éditeur RVB - capable d'importer des fichiers de type CMJN et Lab, il se refuse de les traiter.

Bébé d’amour


Lightroom utilise, tout comme Camera Raw un espace colorimétrique interne dont les dimensions (gamut) sont quasi identiques à celles de ProPhoto RVB. Ce dernier espace de travail a été crié initialement pour le travail à partir des films argentiques. Doté d'un gamut de taille excessive, puisqu'il dépasse celui de la vision humaine, ProPhoto RVB se prête particulièrement bien aux données Raw et aux espaces colorimétriques associés, dont l'étendue dépasse très souvent celle des espaces les plus utilisés, sRVB et Adobe RVB.

Le profil "Canon 5D Generic" se loge à l'intérieur de l'espace ProPhoto RVB, qui dépasse, dans les verts et les bleus, ce que l'oeil humain peut percevoir....

Il ne faut pas non plus oublier que les données brutes disposent encore des informations en valeurs de gris et que leur conversion en couleur doit s'effectuer dans un espace aussi large que possible - suffisamment vaste pour couvrir à la fois les espaces d'entrée et les espaces de travail RVB vers lesquels les informations sont converties. Lors de la conversion, les informations brutes, disposant d'un gamma si égal à 1.0, subissent une delinéarisation qui repartit les valeurs de pixels originales dans un espace RVB, dont le gamma varie entre 1,8 et 2,2. L'espace de travail interne, nous l'avons déjà dit plus haut, est très proche de ProPhoto RVB, il partage avec lui notamment des valeurs identiques pour les couleurs primaires ainsi que pour le point blanc, tout en préservant un gamma de 1.0…
Pour la petite histoire : cet espace de travail porte l'appellation interne « Melissa RVB » alias « Love Child RVB ».

Et Camera Raw ?


Camera Raw possède une fonctionnalité très  intéressante. Il suffit d'alterner entre les quatre espaces de sortie, un fichier sous un menu déroulant de la fenêtre du module, et vous pouvez découvrir une modification assez nette de l'histogramme est des valeurs RVB prélevées avec la pipette. Cela permet de choisir un espace de travail approprié lorsque votre fichier image possède des couleurs très saturées. L'augmentation des dimensions de l'espace de travail diminue alors le risque d'écrêtage des couleurs. Vous ne pouvez an aucun cas reproduire ce fonctionnement avec Lightroom, puisqu'il affichera toujours les pixels (histogramme et valeurs de pipette) en tenant compte de son espace de travail interne Melissa RVB), quel que soit l'espace de sortie – dommage.

 

Incapable de simuler…


La technique « Soft-Proof »,  previsualisation des couleurs d'impression à l'écran, est également une spécialité de PhotoShop qui cherche encore son égal dans Lightroom. Il est impossible de simuler l'apparence colorimétrique d'une image sous un autre profil ICC, au moins dans la version 1.0, prévue pour bientôt… Les modes de rendu du module Print (Impression), Colorimétrie relative et Perceptive, sont ainsi sans grand intérêt, puisque sans « Soft-Proof » il vous est impossible de visualiser la différence en termes de rendu.

Une partie du menu d'impression, seules les modes Perceptive et Colorimétrie rélative sont proposés. Peu importe, vu l'absence de Soft-Proof...

Comment choisir l’espace de travail lors de l’export ?

En ce qui concerne les options pour l'export, le logiciel vous laisse choisir entre sRVB, Adobe RVB, et Photo RVB. Bien que ce choix vous appartienne, il dépend largement du format de sortie. Le logiciel vous donne des indications précieuses et vous conseille l'utilisation de l'espace ProPhoto RVB lorsque vous projetez une sortie de fichiers TIFF ou PSD en 16 bits/couche.

Les préférences couleur pour l'export, pas avares en conseils...

 

L'emploi de l'espace ProPhoto RVB n'est pas conseillé pour les formats JPEG, Tiff et PSD en 8 bits/couche - le risque de voir apparaître des aplats sur les plages d'une couleur homogène ou dans les basses lumières (color banding) est alors trop fort. Il faut le dire et redire, l'absence de Soft-proof est également rédhibitoire pour la conversion entre espaces RVB. Il est virtuellement impossible de connaître la perte de teinte lorsqu’on passe de Melissa  RVB a Adobe RVB ou, pire, sRVB !

Trois espaces de sortie

 

Convertir les couleurs d’un fichier RVB édité

Si jamais vous souhaitez d'effectuer des conversions entre deux espaces RVB, n'oubliez pas de tenir compte des limitations du module Export. Prenons un exemple concret : après avoir édité et enregistré un fichier dans Photoshop, ce fichier dispose d'un profil ICC ECI-RVB. Quand vous voulez exporter ce fichier image, le logiciel vous propose uniquement les trois profils mentionnés plus haut. Il est donc impossible de préserver un profil différent de ceux qui intégré dans Lightroom et il faut pas non plus s'attendre à effectuer une séparation des couleurs,  avec pour résultat un fichier de type  CMJN- nous l'avons dit, Lightroom ne parle que RVB !

Complémentaire, mon cher Watson !


Un photographe raisonnablement technique qui souhaite s'approprier des moyens de contrôle assez pointus pour la couleur de ses oeuvres, ne pourra donc pas (dans un premier temps, au moins…) contourner l’incontournable - Photoshop restera une valeur sûre et un outil complémentaire pour nous photographes. Lightroom est avant tout une application « tout en un », facile à appréhender et d'une productivité certaine. Libérez donc de l'espace sur votre disque dur pour accueillir les deux à la fois…

 

 

P.S Cet article s'appuie en partie sur les écrits d'Andrew Rodney, aka Digital Dog, célèbre spécialiste de la gestion des couleurs et collaborateur d'Adobe. Son nom figure d'ailleurs dans les "génériques" de Photoshop ...