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Lightzone -PETIT SURDOUé |
Il y a quelques mois de là que je découvris le logiciel Lightzone - sans pourtant être emballés par ses fonctionnalités inédites. Ayant passé quelques années avec Adobe Photoshop et ses dérivés, ses courbes et histogrammes ainsi que son architecture particulière pour les calques et couches, j’étais considérablement perturbé par ce nouveau logiciel conçu par Lightcrafts, petite société située à Palo Alto/Californie. Car Lightzone dispose d’une ergonomie pourvue d’une simplicité déconcertante et se contente de quelques outils choisis là ou Photoshop assomme le chaland littéralement par la richesse des outils de retouche d’ailleurs souvent récurrents. Lightzone (à ne pas confondre avec le célèbre logiciel photo d’Adobe, toujours inachevé…), utilise tout comme Apple Aperture et Nikon Capture NX une architecture de « stack », sorte de calque de réglage simple d’emploi qui permet de superposer les modifications, les supprimer et modifier avec une facilité étonnante. Le traitement d’image est non-déstructif, l’original est donc toujours préservé et il est même possible de créer plusieurs versions d’un fichier et de les enregistrer ainsi que les réglages et leur historique dans un format propriétaire (.lzn). Lightzone lit les formats TIFF, JPEG, PNG et plusieurs formats RAW (CR2, CRW, TIF et NEF), le format RAW « universel » DNG n’est, hélas, pas encore pris en charge.
Lightzone est disponible pour Macintosh et Windows dans deux versions, Lightzone et Lightzone Retouch Edition (RT), la dernière version ne dispose ni navigateur ni convertisseur RAW et s’intègre dans des logiciels tel Phase One Capture One, Apple Aperture, Bibble etc. Je vous présente ici que la version complète que vous pouvez acquérir directement sur le site (pour 149,95 USD), vous pouvez télécharger une version d’évaluation, parfaitement opérationnelle pendant 30 jours. Lightzone a réservé une politique particulière aux utilisateurs d’une plateforme Linux. Anton Kast, collaborateur de Lightcrafts, propose deux versions du logiciel, avec ou sans environnement Java, aux amis du pingouin, les versions tarball (.tar.gz) nécessitent aucune installation proprement dite (il suffit de décompresser le dossier et de le copier vers le répertoire de votre choix), ce qui rend l’application compatible avec toute sorte de distribution Linux - bien vu ! N’oubliez pas de créer un dossier (/usr/share/color/icc), puis d’y copier les fichiers ICC de votre choix pour pouvoir utiliser la gestion des couleurs du logiciel pour l’export et l’impression – par défaut le logiciel propose uniquement le profil sRVB…
Une des raisons pour lesquelles je n’étais pas du tout convaincu du logiciel lors de mes premiers essais avec ses versions 1.1 et 1.2 était la qualité médiocre du développement des fichiers RAW. L’éditeur utilisait (et utilise toujours) la bibliothèque et une partie des algorithmes mises à disposition par Dave Coffin. DCRaw dont il s’agit, doit être considérablement amélioré avant de délivrer une qualité acceptable. Lightcraft l’a compris et livre dorénavant ( dans sa version 1.5) pour les appareils compatibles un profil ICC ainsi qu’un jeu de correction personnalisé qui comprend une correction des couleurs (RAW Color) et/ou une correction des zones de densité (RAW Tone Map). Les deux calques de réglage s’affichent par défaut à chaque ouverture d’un fichier RAW. Effectivement, ces efforts améliorent la qualité de conversion RAW au point de rejoindre (enfin) les ténors du marché.
L’interface de Lightzone apparaît bien (trop) simple à l’ouverture du logiciel. En effet, le logiciel sépare les interfaces Navigateur et Editeur, la dernière est uniquement accessible lorsque vous sélectionnez une image ( Clic sur une vignette), puis cliquez sur le bouton Editor, situé en haut à droite de la fenêtre. L’interface Navigateur emprunte l’explorateur de fichiers du système (à gauche), puis affiche les informations de l’image sélectionnée (EXIF, TIFF et propriétaire, ici Canon) et réserve une grande partie de la fenêtre à l’affichage des vignettes, qui peuvent être affichées en trois tailles différentes.
Une barre d’outils permet de naviguer jusqu’aux dossiers récemment consultés (flèches gauche/droite), choisir le mode d’affichage de vos fichiers (vignettes, liste), lancer une recherche parmi les images selon plusieurs critères (nom de fichier, données EXIF…), effectuer une rotation de vos images (+/-90°) ainsi qu’agrandir ou réduire la taille des vignettes.
Un grand regret : Lightzone manque toute fonctionnalité pour organiser, cataloguer et trier vos photos, il est également impossible de gérer ou modifier les métadonnées de vos fichiers (IPTC ou EXIF). Le logiciel se concentre ainsi à la retouche d’image, il vous est toujours indispensable de garder un logiciel de catalogage et gestion d’image (I View Media Pro, Extensis Portfolio etc.) ! Passons donc à l’essentiel de Lightzone, ses uniques outils de retouche.
L’interface de retouche est accessible dès que vous cliquez sur une des vignettes. Là encore, le même constat : ce logiciel paraît trop simple pour être complet ! Mais, détrompons-nous. N’ayant pas l’opulence de certaines applications (nous pouvons citer Photoshop, Bibble ou Nikon Capture NX), Lightzone dispose d’outils astucieux qui, après un bref apprentissage, s’avèrent très précis et puissants.
Les outils de gauche à droite :
La philosophie de Lightzone est proche de celle de Apple Aperture et Nikon Capture NX. Le traitement destructif est assure par l’architecture de type « stack », qui permet de superposer autant de calques d’outils que vous souhaitez, sans conséquence pour la qualité de l’image finale. Il est donc possible d’utiliser plusieurs fois le même outil, l’ordre de leur déploiement n’a aucune importance, il est néanmoins possible de les déplacer pour une meilleure organisation par un simple Glisser/déposer. Tels les calques de réglage de Photoshop, les outils de Lightzone comportent tous plusieurs modes de fusion qui incitent à l’expérimentation, puisqu’on peut apercevoir le résultat instantanément, ainsi qu’un réglage de l’opacité via un curseur , opérationnel entre les valeurs 0 et 100, sans pourtant afficher les valeurs de pourcentage. Pour enlever un outil du « stack » (pile d’outils) et ainsi annuler son effet, il suffit de cliquer sur la petite croix située en haut de la boite d’outil en question, la flèche donne accès aux options supplémentaires de l’outil pour déplier/replier la ou les palettes d’outil ainsi que pour enregistrer les paramètres employés.
Disons-le d’emblée : si vous avez l’habitude de modifier vos images via des curseurs pour l’exposition et des outils Courbe et Niveaux, Lightzone vous donnera des maux de tête légers – aucune de ces fonctions n’est présente au sein du logiciel. L’éditeur nous propose le Zone Mapper (Tools › Zone Mapper), fortement inspiré du Zone System d’Ansel Adams, pour ajuster vos images. Zone Mapper représente les zones de densité de votre fichier via une échelle de gris (16 zones, espacées chacune d’un demi-diaphragme, la latitude est donc de huit diaphragmes).
Le Zone Mapper Pour modifier le contraste et la densité de l’image affichée, il convient de cliquer sur une zone du Zone Mapper, puis étirer la zone vers le haut (éclaircir) ou le bas (foncer) de l’échelle. Ainsi vous compressez ou étirez les zones voisines. Utilisez le Zone Finder (Ctrl. +1) afin de faciliter le repérage des zones de densité, ce dernier visualise les zones de densité de votre photo, il convient de passer votre souris sur le Zone Mapper pour afficher la zone parcourue dans le Zone Finder.
Le Zone Finder permet de visualiser une zone de densité précise pour faciliter son édition. Alternativement au Zone Finder vous pouvez afficher l’histogramme (Ctrl. +3), qui n’est ni interactif ni capable d’afficher les zones écrêtées (sur ou sous-exposées). Son rôle et donc d’informer plutôt que de faire partie des outils de retouche. Dommage !
L’histogramme, malheureusement pas interactif… Comme tout cela peut vous sembler trop abstrait, je vous montre l’intérêt du Zone Mapper à travers quelques exemples : Modifier la luminositéIl est souvent indispensable de pouvoir ajuster la luminosité de vos images. Le Zone Mapper remplace le curseur mis à disposition par d’autres logiciels. Notez que l’ajustement proposé affecte uniquement les zones moyennes et claires, la gamme des tons plus sombres que la zone sélectionnée n’est pas modifiée !
Canon 1DS, EF 2/100 USM, 1250 ISO
Après ajustement à l’aide du Zone Mapper
Ajuster le contraste d’une imageComment faire pour ajuster le contraste sans l’outil Courbe qui se montre particulièrement doué pour cette mission ? Avec le Zone Mapper, en toute simplicité !
Je souhaitais augmenter le contraste dans le sable afin de mieux ressortir sa texture
Avant
Après
Canon EOS 1DS, EF 4/17-40 L USM
Nos avons vu que le Zone Mapper offre beaucoup de souplesse et puissance pour améliorer vos images numériques. Mais n’oublions pas que l’utilisation des masques vectorielles, très facile à mettre en œuvre, vous offre encore davantage de liberté ! Nous y reparlerons ! Travailler une image zone par zone- premier exemple
Canon EOS 1DS, Nikon AI Micro-Nikkor 3.5/55mm sur adaptateur Nikon AI/Canon EF Les tracés vectoriels ne représentent pas toujours le seul et unique moyen pour rendre une photo plus attrayante. Les fonctions de Lightzone, appliquées sur l’image entière, mais bien ciblées sur des zones spécifiques aboutissent à des résultats similaires à ceux possible à travers l’outil Courbe de Photoshop et Cie.
J’ai d’abord employé le Zone Mapper (secondé par le Zone Finder) pour augmenter le contraste global de la scène et pour compresser (foncer) les tons moyens de l’arrière-plan, puis appliqué une augmentation de la saturation des couleurs, réservé aux valeurs moyens (les pétales de la fleur). Le résultat final est nettement plus intéressant : Passez votre souris sur l'image pour comparer avec l'image d'origine. Travailler une image zone par zone- deuxième exemple
Canon EOS 1DS, Canon EF 4/17-40 L USM
L’image sort de cette exercice fortifiée ! Passez votre souris sur l'image pour comparer avec l'image d'origine. Utiliser les tracés vectoriels pour des retouches plus pointuesEn unifiant les atouts du Zone Mapper et de ses camarades avec ceux des tracés vectoriels de Lightzone vous pouvez limiter l’étendue de vos retouches à des zones bien précises. Commencez toujours par vous poser la question de l’effet souhaité ainsi que de l’outil adapté. Sélectionnez ensuite l’outil souhaité (vous générez ensuite un nouveau calque), puis le type de tracé vectoriel. J’ai ici utilisé le tracé polygonal (idem lasso polygonal de Photoshop) pour faire des sélections.
Cancale, Canon EOS 1DS, EF 4/17-40 L USM
Le premier plan séléctionné
L’image finale ne ressemble guère à l’image de départ : Passez votre souris sur l'image pour comparer avec l'image d'origine. Nous avons vu que la démarche photographique de Lightzone, proche du fonctionnement d’un tireur traditionnel, se prête particulièrement bien à la retouche d’image intuitive. Les photographes, qui ne bénéficient pas souvent d’une solide formation de Photoshop, peuvent démarrer avec Lightzone presque immédiatement, d'autant qu'ils connaissent déjà le Zone System, leitmotif à l'origine du logiciel. Le masque de contrasteLe masque de contraste (Tools › Contrast Mask) est un autre outil fort astucieux pour corriger une répartition tonale perfectible dans votre image. Photoshop livre une procédure un tantinet complexe, décrite ici, ainsi que l’outil Tons foncés/tons clairs, fort utile pour éclaircir un premier plan trop sombre (effet « fill-in ») ou pour compenser un contraste trop fort.
Lors de l’ouverture il offre souvent déjà un réglage convenable, le mode de fusion par défaut est Soft Light, l’opacité est réglée par défaut sur 50 %. L’exemple suivant montre l’intérêt du masque de contraste, un ajustement intuitif et rapide :
Avant/Canon EOS 1DS, EF 4/17-40 L USM, Canon Speedlite 550 EX, 100 ISO
Passez votre souris sur l'image pour comparer avec l'image d'origine. Un deuxième exemple :
Avant/Canon EOS 1DS, EF 4/17-40 L USM, 500 ISO J’ai modifié légèrement les réglages par défaut afin d’éclaircir les ombres de cette scène, prise à l’intérieur de la cathédrale de Freiburg/Allemagne.
Bien que restant assez subtile, cette modification parvient à mieux équilibrer les valeurs de cette photo. Passez votre souris sur l'image pour comparer avec l'image d'origine. Channel Mixer – mélangeur de couches spécialiste du Noir et blancChannel Mixer (Tools › Channel Mixer) est, tout comme son alter ego dans Photoshop, particulièrement adapté à la transformation noir et blanc.
Le Channel Mixer, offre, tout comme les autres outils de Lightzone, des paramètres par défaut, dont la somme est proche de 1. Notez que parmi les modes de fusion proposés seul le mode Normal résulte en une image monochrome, tous les autres livrent des interprétations variées en couleur…
Canon EOS 1Ds, EF 4/17-40 L USM Ces paramètres (dont la somme des valeurs est égale à 0,48 + 0,68 = 1,16…) livrent l’interprétation monochrome suivante :
Astuce : Afin de pouvoir utiliser la plupart des modes de fusion proposés vous pouvez d’abord transformer votre photo en noir et blanc via l’outil Hue/Saturation (faites glisser le curseur du paramètre Saturation à -100), puis employez le Chanel Mixer pour peaufiner le résultat ! Accentuer vos images à l’aide de l’outil SharpenMême si que l’outil Sharpen manque le paramètre Seuil qui permet de doser l’accentuation in fine, les deux principaux paramètres Amount (Gain) et Radius (Rayon) permettent d’appliquer l’accentuation à des parties d’images ( via un tracé vectoriel) ou à l’image entière. Blend cache une autre option intéressante pour imiter le fonctionnement du filtre Netteté optimisée de Photoshop CS 2 : créer pour cela deux couches de l’outil Sharpen, tout en attribuant à la première le mode de fusion Mid+Highlights (pour limiter l’accentuation aux seuls détails dans les tons moyens et les hautes lumières) et à la deuxième le mode de fusion Shadows pour affecter uniquement les détails dans les basses lumières. Jouez aussi sur l’opacité pour dosser l’effet finement (mettez-vous pour cela en mode affichage taille réelle (View›Actual Pixels ou raccourci Ctrl. +Alt+0) ! Nettoyer les taches sur le capteur à l’aide de l’outil CloneBien que les fabricants commencent à prendre conscience de ce véritable fléau affectant les appareils reflex numériques (les Olympus, le Sony Alpha et le nouveau Canon EOS 400 D à part), les taches disgracieuses sur vos images numériques nécessiteront toujours un outil Tampon efficace. Les utilisateurs de Nikon Capture NX et Adobe Lightroom ont d’ailleurs toujours besoin de Photoshop, (un outil dédié n’est simplement introuvable), mais Lightzone, ce David face aux Goliath Nikon et Adobe y a pensé !
L’outil en action. Cliquez sur une zone à traiter, le logiciel dépose un point cible (croix) que vous pouvez déplacer par un simple Glisser/déposer ainsi qu’une sélection que vous adaptez à la « zone à problème ». La poussière devient invisible. Cliquez sur le bouton Hide Regions pour apprécier la correction. |
Exporter, enregistrer et imprimer |
Lightzone est finalement beaucoup moins sophistiqué pour ses fonctions annexes, très limitées. Le logiciel n’inclut (actuellement) guère d’outils pour créer des diaporamas ou des pages HTML. Il n’est pas non plus prévu de se connecter à un site par FTP ni d’envoyer ses images par Mail.

Le logiciel offre tout juste un dialogue d’impression avec gestion des couleurs et la possibilité d’exporter le fichier finalisé en format TIFF (8 ou 16 bits/couche, avec ou sans compression LZW), PNG et JPEG. Il est également possible de modifier la taille en pixels du fichier final. Sachez que les deux commandes Save as (Ctrl. +Majuscule+S) et Save (Ctrl. +S) démarrent un enregistrement du fichier en cours en format .lzn, qui est lui très léger puisqu’il contient que les instructions (en format XML) nécessaires au logiciel pour afficher le fichier tenant compte de toutes les modifications. Le .lzn est donc proche du fichier « sidecar » de Photoshop CS 2 et vous faites bien de le stocker côte à côte avec le fichier d’origine…
Un bilan : Points forts et points faibles |
Le logiciel a bel et bien évolué depuis ses débuts pas très lointains. En fait, le plus gros défaut de Lightzone est sa jeunesse : la stabilité de l’application n’est pas toujours a rendez-vous et la richesse de ses fonctionnalités est encore toute relative. Côté faiblesses, on pourrait citer le manque d’outils pour interpoler, corriger les aberrations chromatiques et distorsions, faire des sélections par gamme de couleur, faire des diaporamas et pages Web, copier/coller des « stacks » entre différentes images. Il est également impossible de lancer un traitement par lot de plusieurs fichiers et lorsque vous créer un nouveau fichier .lzn, ce dernier est uniquement affiché via la commande New Window (Ctrl. +N). L’interface Navigateur est beaucoup trop simpliste pour pouvoir remplir le rôle d’un catalogueur ou gestionnaire d’images. L’emploi parallèle d’un vrai catalogueur (par exemple iView Media Pro, ou F-Spot) reste donc indispensable – c’est bien dommage…
Mais Lightzone remplit bien son rôle d’éditeur photo pour les photographes car il intègre de bien bonnes idées (emploi d’un espace non-linéaire en 16 bits/couches, traitement non destructeur, architecture des masques, Zone Mapper) et le travail avec Lightzone est contagieux, fait assez rare pour le souligner ! Les Linuxiens n'ont plus à hésiter - les logiciels vraiment professionnels développés pour les distributions diverses du pinguin sont rares. Au-delà de Bibble, The Gimp, Cinepaint, UFRaw, F-Spot et Lightzone, point de salut...Lightzone est un logiciel encore très jeune mais destiné à évoluer -vu l’élan des développeurs, photographes passionnés, je suis sur que ce sera dans la bonne direction ! A suivre, donc …
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