Mamiya ZD, pur objet de plaisir

 

J’ai eu récemment le plaisir de tester le Mamiya ZD. Bien qu’il fût annoncé lors de la Photokina 2004, cet appareil n’est réellement disponible que depuis à peine un an et poursuit une carrière assez discrète – conditionnée par le refus de commercialisation de son importateur américain, Mamiya America Corp., associé jusqu’à présent à Leaf pour les dos numériques… L’appareil n’est donc pas encore distribué en Amérique du Nord et, par conséquent, vous ne trouverez que peu de tests ou d’articles à son sujet sur le Web. Cet appareil demeure pourtant éminemment intéressant : seul équipement moyen-format de tarif « accessible » au monde, son positionnement est aujourd’hui conforté par la mise à mort probable du futur boîtier numérique moyen-format de Pentax, marque qui souhaite se recentrer sur ses gammes de produits les plus rentables. Bref, dans sa niche de marché, le Mamiya ZD se retrouve aujourd’hui en maître incontesté, une raison de plus pour réexaminer ses points forts et évaluer ses quelques rares faiblesses…

ZD front

 

Je vous avoue que ce ZD n’est pas le premier appareil Mamiya qui me passe dans les mains. Depuis une quinzaine d’années déjà, je manipule des appareils moyen-format de cette marque prestigieuse : ce fut d’abord un Mamiya M 645, remplacé par un ensemble Mamiya RZ, dont j’ai bien du mal à me débarrasser, tellement j’apprécie ses qualités, tant au niveau de la fabrication que pour le rendu si particulier que procure ses optiques !
Le Mamiya ZD est basé sur le 645 AFD (II), dont il reprend l’électronique et les commandes de la partie argentique, même si la construction du ZD a bien peu de choses en commun avec l’ancêtre argentique ! Le ZD rompt avec la conception habituellement adoptée par les appareils au format 645 : plutôt que d’opter pour un concept modulaire, avec un boîtier cubique, un viseur amovible, un dos indépendant et interchangeable, le ZD ressemble davantage à un appareil 24x36 légèrement gonflé. Doté d’une silhouette plutôt épaisse et coiffé d’un viseur prisme de dimensions imposantes, l’appareil se manipule comme un appareil 24x36, sans être particulièrement encombrant : son poids et sa hauteur sont inférieurs à ceux d’un boitier de la série 1 de chez Canon (EOS 1Ds et 1D).
Bien que certains photographes travaillent sur pied avec cet appareil, il demeure parfaitement utilisable à main levé, grâce à une poignée bien conçue, encore que son revêtement pourrait être un peu plus agrippant… Sachez que la cinématique du miroir est parfaite : avec les deux objectifs utilisés, AF 45 mm f/2,8 et AF 80 mm F/2.8, les photos étaient toujours parfaitement nettes, à condition de respecter la règle bien connue « vitesse d’obturation minimale, à main levée = 1, divisé par la focale en mm, en seconde ; soit, p. ex., 1/90 sec. avec le 80 mm » - ce qui change sensiblement du Pentax 6/7, le plus mauvais élève en la matière…
Les photographes travaillant sur pied ou sur monopode (avec ce dernier, j’ai pu descendre jusqu’au quart de seconde !) apprécieront surement le dispositif pour remonter le miroir (avec la touche M Up, de surcroît très bien positionnée) afin de réduire les vibrations au maximum.

zd top

L’appareil est d’une qualité de fabrication qui augure bien de sa pérennité et d’une finition excellente, qui ne va toutefois pas jusqu’à la trappe du logement des cartes mémoire… Il faut appuyer sur un poussoir, puis tirer la trappe vers soi pour ouvrir le compartiment de cartes, ce qui nécessite finalement une troisième main pour tenir l’appareil pendant qu’on change de carte ! Mieux vaut donc poser l’appareil pour effectuer cette opération. J’éprouve, par ailleurs, un sentiment mitigé pour le matériau de cette trappe et sa résistance à l’usage…
Le ZD bénéficie de deux emplacements pour les médias d’enregistrement, l’un dédié aux cartes CompactFlash (type I ou II, de capacités jusqu’à 16 Mo), l’autre aux cartes SD (actuellement limitées à une capacité de 2Go), ce qui lui procure une excellente autonomie.
L’appareil utilise un accu rechargeable de type Li-Ion, d’une capacité de 1 800 mA, pour lequel le constructeur annonce une autonomie de 450 vues. La véritable autonomie se situe plutôt - selon ma propre expérience - entre 250 et 300 vues, ce qui est tout à fait honorable. Toutefois, sans être particulièrement maniaque, je vous recommande d’emporter systématiquement un second accu, au cas où le premier présenterait une faiblesse…
Les commandes de la « partie argentique » de l’appareil sont identiques à celles du Mamiya 645 AF-D et restent tout à fait « classiques ». Une molette d’un crantage, un peu dure, entoure le déclencheur et offre les quatre positions suivantes : «S» pour la motorisation vue par vue, «L» (Lock) pour le verrouillage du déclencheur, «C» pour le mode rafale (si l’on peut dire… avec seulement 1,5 images par seconde !), et une position, doté d’un pictogramme, pour le mode retardateur.
L’appareil offre cinq modes de prise de vues : Priorité d’ouverture (Av), Priorité vitesse (Tv), Programme (P), Manuel (M) et pose B.
L’appareil dispose d’un système de mesure particulièrement fiable (bien difficile à mettre en défaut..), pour lequel vous pouvez choisir entre quatre modes : Moyenne, Prépondérance centrale, Spot et Ratio variable.

zd top

 

L’obturateur à plan focal défile verticalement et dispose des toutes les vitesses normalisées entre 1/4000 s et 30 s, la vitesse synchro-X étant limitée à 1/125 s. Ce dernier point s’avère quelque peu pénalisant pour certains photographes de mariage ou de reportage qui mélangent la lumière du jour avec un coup de flash savamment dosé : seul un appareil à obturateur central (comme les Hasselblad H2/H3D) y remédient de manière efficace – encore qu’ils soient nettement plus onéreux à l’achat. Mamiya pourrait simplement rééditer sa série d’objectifs à obturateur central (55, 80 et 150 mm) pour combler ce besoin bien spécifique.
Un utilisateur d’appareil photo reflex numérique de « petit format » se demande toujours si l’efficacité du système autofocus en moyen-format est équivalent ou non à celui de son appareil petit format. La réponse est clairement non, et ce quel que soit le système moyen-format utilisé ! Je suis l’évolution des appareils moyen-format à mise au point automatique depuis ses débuts : bien que l’autofocus constitue une aide précieuse pour ce genre d’appareils, il n’est utile que pour les sujets immobiles… et reste bien peu efficace pour la photographie de portrait ou de mode à pleine ouverture. Le moyen-format est en effet très exigeant en ce qui concerne la précision de la mise au point, d’autant plus que les photographes ont la mauvaise habitude de visualiser leurs images numériques à leur taille réelle (100%), ce qui amplifie la moindre erreur !
Bien que le système AF du Mamiya ZD soit très efficace (et très précis, une fois qu’il a bien accroché le sujet), je me suis retrouvé à le déconnecter plus d’une fois – le viseur large et clair autorisant une mise au point manuelle sans reproche…
Le viseur reflex est très agréable, bien que doté d’une dominante jaunâtre visible. Avec une couverture de 98% et un grossissement de 0,75x, il se démarque d’un viseur reflex « petit format » : il est simplement plus vaste et plus agréable, sans être aussi lumineux que le viseur d’un boitier de la série 1 de Canon. L’affichage des informations est plutôt complet : vous trouverez dans le viseur, outre les habituelles informations sur les paramètres d’exposition, des témoins pour l’état de la batterie, le média d’enregistrement utilisée (cartes CF ou SD, ou encore disque dur d’ordinateur), le format d’enregistrement (RAW ou JPEG), l’état de la mémoire tampon et l’activation de la réduction du bruit ; la sensibilité ISO, par contre, manque malheureusement à l’appel.
Avec une diagonale de 1,8 pouces, l’écran arrière du Mamiya ZD est vraiment dépassé face aux réalisations actuelles – c’est d’ailleurs un point à surveiller pour le ZD Back qui devrait arriver sous peu en France. Vraiment trop étriqué pour visualiser les photos, il est handicapé par un contraste excessif, qui donne l’impression de produire des photos « cramées », là ou l’histogramme (et l’affichage dans un logiciel d’images) indique une exposition parfaite… Je me suis alors contenté de jeter, de temps à autre, un œil sur l’histogramme, afin de surveiller une « éventuelle » surexposition – très, très rare grâce à un système de mesure excellentissime ! Bref, cet écran arrière n’a point d’autre utilité que de servir de point d’accès aux menus de l’appareil. Ces derniers sont disposés en quatre volets (enregistrement, lecture, paramétrages, personnalisation), différenciés par la couleur du fond. Grâce à des icônes très visibles (heureusement, vu la taille de l’écran…), la navigation entre les différents items est très aisée.
Pour la connectique, le ZD possède un connecteur Firewire (IEEE-1394) à quatre broches (et oui, malheureusement…), ce qui lui permet d’obtenir une transmission rapide des images vers le disque dur d’un ordinateur. Mamiya livre, à cet effet, un logiciel spartiate mais efficace : le Mamiya Digital Photo Studio, qui communique, via un module dédié, avec l’appareil, à la manière des boîtiers Nikon. Comme avec ces derniers et son logiciel de pilotage, il est ainsi possible de modifier les principaux paramètres de prises de vues directement à partir l’ordinateur. Bien confortable au studio… ou pour les travaux de reproduction !

Un capteur puissant

Le cœur du Mamiya ZD est un capteur CCD Dalsa, de dimensions 48 x 36 mm, doté de 21,7 millions pixels. Avec un facteur de conversion d’environ 1,16x, le boitier accepte de l’ensemble des objectifs Mamiya AF, conçus pour son frère argentique AF-D.
Fort heureusement, l’angle de champ d’un 35 mm (équivalent à 21 mm en 24x36) ne se réduit ainsi qu’à l’équivalent d’un 41 mm (équivalent à 25 mm en 24x36), ce qui permet de goûter aux joies du grand-angle. Le processeur ASIC quantifie les données brutes en 14 bits par couche et les réduit en fichiers RAW de 35 Mo, codés en 12 bits par couche, ou en fichiers JPEG. Le poids des fichiers RAW (.MEF) est d’ailleurs étonnamment lourd : il est de l’ordre de 35 Mo, alors je m’attendais plutôt à environ 22 Mo (un tiers d’un fichier TIFF RVB 8 bits). Ce sont les fabricants de carte mémoire qui vont être contents…
Le capteur est doté d’un filtre anti-IR, interchangeable avec un filtre passe-bas optionnel. Le filtre passe-bas, décrété indispensable pour un petit capteur, ne semble pas pour autant être primordial pour un capteur de moyen-format. En coupant les fréquences au-dessus de la fameuse fréquence de Nyquist, le filtre passe-bas réduit le moirage, produit par un déséquilibre entre la résolution du capteur et celle de l’objectif utilisé. L’utilité d’un tel filtre – vendu tout de même 2 390 € HT ! - ne s’évalue que sur le terrain.
Vu le poids monumental des fichiers .MEF, je vous conseille d’investir dans des cartes mémoire de grande capacité. Cela tombe bien, les prix ont atteint un niveau très bas : il est possible de trouver des cartes d’une capacité de 4 Go à moins de 100 €, permettant d’enregistrer environ 120 photos en format RAW. Vous m’avez compris, je ne prône pas l’utilisation du format JPEG, qui n’est pas digne d’une utilisation professionnelle, surtout avec un capteur d’un tel potentiel !

Gamme optique

Je l’avais déjà abordé plus haut, le Mamiya ZD partage, avec son frère argentique, la gamme des objectifs AF de la marque. Le système compte une dizaine de références, avec des focales comprises entre 35 et 300 mm. Deux nouveaux objectifs ont été annoncés à la Photokina 2006 : un zoom 45-150 mm et un objectif super grand-angulaire rétrofocus de 28 mm, ce qui fait grimper leur nombre à douze.
Comparé à un système 24x36 (Canon ou Nikon), habituellement très riche en références plus au moins exotiques, le système Mamiya est assez limité, d’autant qu’il manque des objectifs à décentrement et bascule, des zooms de grande amplitude et des très longues focales. Toutefois, l’essentiel y est pour la cible des illustrateurs, portraitistes et photographes de mode professionnels. Les objectifs de la marque jouissent d’une formidable réputation en milieu professionnel et, bien que d’un toucher un peu « plastique », les optiques de la série AF sont solides et compactes. Je n’ai pu essayer, avec le ZD, que deux optiques : l’AF 55 mm f/2,8 et l’AF 80 mm f/2,8 : les deux offrent une très bonne qualité optique, dès la pleine ouverture, distorsion et aberrations chromatiques demeurent quasi-invisibles.

Résultats pratiques

Tous les photographes expérimentés le confirment : la qualité des résultats est proportionnelle aux dimensions de la surface sensible. La photographie numérique n’y change rien, les capteurs moyen-format livrent incontestablement une meilleure qualité que les capteurs « plein-format » 24x36 (et, évidemment, que les capteurs APS…), grâce à une taille des photosites quasi-idéale. Bien que le dictat de 9 µm, établi il y a quelques années, soit aujourd’hui un peu « has been », les grands capteurs préservent un rapport signal/bruit supérieur et une étendue dynamique hors pair.


Disposant de cet appareil  le temps d’un week-end (beaucoup trop court pour vous livrer un compte-rendu complet), j’ai fait quelques photos de chartes Colorchecker et Q-13, histoire de conforter mes impressions recueillies sur le terrain. Les photos de charte Colorchecker, analysées par la suite à l’aide du logiciel d’analyse Imatest de Norman Koren, montrent une excellente colorimétrie, au moins en ce qui concerne les fichiers RAW développés avec Photoshop Lightroom 1.0, Mamiya DPS et Bibble 4.9.8. Certes, Lightroom a tendance à saturer les fichiers du ZD davantage que les deux autres, mais les trois logiciels sont parfaitement à même de développer les fichiers .MEF, le logiciel Mamiya étant le plus précis, suivi de Bibble et Lightroom, légèrement désavantagé par une saturation plus élevée (117%). Les trois logiciels offrent une restitution des couleurs fidèle, avec un écart en delta E qui reste en dessous de 7 pour la valeur brute (sans compensation de la saturation des couleurs). Bref, le ZD restitue aussi bien les tons chair - qu’il restitue très fidèlement ! - que les couleurs saturées : le Mamiya se trouve ainsi parmi les meilleurs appareils numériques.

La restitution des couleurs par défaut dans Lightroom - saturée mais fidèle

La restitution des couleurs dans Mamiya DPS - un tantinet plus fidèle


Pour le bruit, c’est une autre histoire : le Mamiya est distancé par des appareils reflex numériques 24x36 plus anciens que lui ! Comparé à mon Canon EOS 1Ds (qui est un véritable ancêtre parmi les reflex numériques…), le niveau de bruit est toujours supérieur, à sensibilité égale : à 200 et 400 ISO, le niveau de bruit du ZD joue en sa défaveur. Pourtant, il n’y a aucune raison pour s’inquiéter : grâce au poids de fichier de ses images, le ZD peut se contenter d’un taux de grossissement moindre et le bruit reste de ce fait discret jusqu’à un agrandissement en A3. Et face aux nombreux « pixel peepers », ces spécialistes qui ne jugent de la qualité d’image qu’à travers d’un « microscope » (franchement, à quoi ça sert de visualiser ses images à la taille réelle des pixels…), je rétorquerai que, le plus souvent, le bruit est gommé, soit par la trame d’impression en CMJN, soit la diffusion des encres en RVB !  D’autant plus que la texture du grain du ZD est finalement très « film-like » !


Que dire de plus sur la qualité d’image ? Commençons par la mesure d’exposition : excellentissime ! Échaudé par mon EOS 1Ds, un tantinet capricieux sur ce point, je vérifiais régulièrement l’histogramme au dos du Mamiya pour me rassurer. Or, ce ne n’était pas nécessaire : quel que soit le mode de mesure utilisé (Spot ou Prépondérance centrale), les photos étaient toujours bien exposées, au point que j’ai fait l’impasse sur l’histogramme ! Avec mes EOS 1Ds et  D60, je pratique l’exposition à droite, méthode qui exploite au mieux la dynamique des capteurs. Avec le Mamiya, je photographiais à l’aveugle : grâce à sa mesure d’exposition parfaitement calée, ainsi que l’aptitude remarquable du capteur pour saisir les nuances les plus fines - là ou les reflex 24x36 et APS ne restituent qu’une « bouillie de pixels » -,  j’ai obtenu des résultats à la fois doux et équilibrés.  

Voilà un instantané qui montre bien la réactivité du Mamya ZD - cliquez sur l'image pour en découvrir un extrait à 100%.


Notez que la balance des blancs automatique de l’appareil semble susciter des commentaires dithyrambiques de la part de certains utilisateurs : je ne saurais en dire davantage, puisque j’ai travaillé en RAW, sur des réglages bien précis, lumière du jour ou lumière tungstène…
La résolution du capteur Dalsa, assisté par le pouvoir de résolution très élevée des objectifs utilisés (AF 80 et 55 mm/f2.8), est tout simplement époustouflante. Il suffit d’avoir goûté aux dos moyen-format pour rester, à jamais, frustré avec les capteurs 24x36 !

Voilà un exemple qui montre bien la résolution époustouflante du Mamya ZD - cliquez sur l'image pour en découvrir un extrait à 100%.

Voici un deuxième exemple, l'appareil fut stabilisé avec un monopode (vitesse d'obturation 1/15s)... Cliquez sur l'image pour en découvrir un extrait à 100%.

 

Certes, entre 16 et 22 mégapixels, l’écart n’est pas très important, mais la taille du capteur apporte aux images, à la fois velouté et précision. Bien que ce soit la résolution qui attire le regard de la plupart des photographes, pour moi, la qualité d’image résulte d’un ensemble de choses : tel un « négatif numérique », un fichier brut en provenance d’un capteur moyen-format hérite, incontestablement, d’un meilleur potentiel pour le post-traitement. Plus détaillé dans les ombres et les hautes lumières, il supporte la perte de nuances sans que cela ne devienne visible. Bref, le Mamiya ZD offre… un « rendu argentique » !

 


Par défaut, l’appareil est livré sans filtre passe-bas, ce que j’ai déjà abordé plus haut. Bien que ce filtre réduise la netteté des images, il protège contre les artefacts, dus au déséquilibre entre le pouvoir de résolution de l’objectif et celui du capteur. Sur mes images, j’ai détecté des traces de moiré, mais ces dernières ne sont pas plus gênantes que le moirage que je rencontre de temps en temps avec mes capteurs Canon coiffés, eux, d’un filtre passe-bas ! En revanche, les images « brutes » bénéficient d’un gain de netteté très visible : il n’est donc plus nécessaire d’appliquer une accentuation très musclée aux images.

 

Logiciels pour développer les fichiers RAW

Les lecteurs fidèles de ce site l’ont déjà saisi : vous ne me verrez pas faire l’éloge du format de prises de vues JPEG, fut-il 2000…
En fervent avocat du format RAW, je n’ai pas pu m’empêcher d’installer le logiciel « maison » Mamiya Digital Photo Studio, fourni gratuitement avec l’appareil. Les logiciels de développement RAW des dos moyen-format (Phase One Capture One, Hasselblad Flexcolor, Leaf Capture...) sont à l’origine du rendu si particulier de chaque dos et contribuent à leur facilité d’utilisation – un logiciel bien conçu et très véloce vous fera gagner des heures et des heures face à votre écran ! Mieux vaut les passer devant ses sujets, que devant un écran, fut-il un ColorEdge Eizo !
Bon, disons-le d’emblée : le logiciel Mamiya ne fait pas partie des meilleurs logiciels de développement RAW. L’interface utilisateur est d’un autre âge, de nombreuses palettes flottantes encombrent l’écran et les icônes sont peu esthétiques, même dans la version pour Mac OS X. Certes, le logiciel est encore très jeune pour pouvoir se frotter au ténor Capture One mais, face à la concurrence, Mamiya Digital Photo Studio est un outil bien fruste, qui n’offre qu’un traitement par lot très succinct et aucun des outils modernes, pour récupérer les hautes lumières et les ombres écrêtées, pour renforcer le contraste local ou traiter les fichiers « localement », zone par zone.

Mamiya DPS, honorable, mais maladroit...


Bien que le logiciel offre un panneau Lens correction (eh oui, Mamiya DPS ne cause qu’anglais…), avec deux outils de correction remarquables pour corriger le vignetage et la distorsion (qui exploitent les métadonnées EXIF), le troisième outil s’avère franchement décevant : au lieu d’éliminer les aberrations chromatiques, au demeurant fort discrètes, l’outil en génère de très jolies, même en réglage « Weak » ! 
Bref, je ne suis pas complètement convaincu de l’utilité de Mamiya DPS, d’autant qu’il existe aujourd’hui d’autres logiciels, autrement plus excitants, notamment Photoshop Lightroom de l’éditeur Adobe… 
Ce dernier ouvre les fichiers MEF par défaut (tout comme Adobe Camera Raw de Photoshop CS2/CS3) et offre une fonctionnalité très intéressante pour se passer du logiciel de Mamiya, enfin presque : grâce à la commande Importation automatique (Fichier>Importation automatique>Activer l’importation automatique), il est possible de déterminer un « dossier surveillé » (hot folder), à partir duquel Lightroom importe les images, au fur et à mesure qu’elles arrivent sur le disque dur. Bien évidemment, pour que vous puissiez récupérer les fichiers à partir de l’appareil (via le câble Firewire), vous avez besoin du module Remote Capture  de Mamiya DPS – gardez-le donc sur votre disque dur !
Photoshop Lightroom (mais aussi Adobe Camera Raw 4.1, qui partage les outils du module Développement) est, à mon avis, le compagnon idéal du Mamiya ZD.

Camera Raw (ici la version 4.1) sait parfaitement traiter les fichiers RAW du ZD

Il offre non seulement une meilleure qualité de dématriçage que le logiciel Mamiya (ce qui est un comble, vu que Lightroom prend en charge plus de 150 formats RAW différents…), mais également un flux de travail digne de ce nom, de l’importation au développement RAW, en passant par le catalogage, le tri et la notation de vos images, ainsi que leur correction tonale et colorimétrique. Avec Mamiya DPS, on saute d’un outil au suivant, au gré de nombreux détours ; alors qu’avec Lightroom, le flux de travail devient vraiment fluide. Bref, le Mamiya ZD devrait être livré d’office avec Adobe Lightroom, comme c’est déjà le cas outre-atlantique !

Lightroom, parfait pour accompagner le Mamiya ZD (et pas seulement lui...)


N’oublions pas que le vénérable Bibble, actuellement disponible dans sa version 4.9.8, est également compatible avec le format RAW (.MEF) du Mamiya ZD. Véritable champion de vitesse pour traiter les fichiers RAW, Bibble fait un peu « usine à gaz » car il offre de nombreux outils pour le traitement d’images, dans une interface utilisateur quelque peu encombrée - mais j’attends la version 5 avec impatience…

Bibble 4, ici dans sa ultime version 4.9.8, est complet mais quelque peu confus

Au lieu d’une conclusion

En lisant ces lignes, vous avez certainement déjà ressenti mon enthousiasme à l’égard du Mamiya ZD, malgré quelques critiques bien fondées. Certes, je ne disposais pas du temps nécessaire pour vous présenter ici un test complet – mais j’espère que mon article vous a permis d’explorer un peu ce monde à l’écart des sempiternels et très convoités appareils reflex numériques petits format. Le Mamiya ZD est un boîtier « atypique », tout comme ses frères appareils argentiques moyen format, dont une partie des fabricants n’a pas su résister à l’avènement du numérique. Il mérite sa place au soleil, tout comme son frère Mamiya ZD Back, qui fera sa première apparition en France le 17 et 18 juin au jardin Albert Kahn. A suivre…

Remerciements

Je tiens à remercier Jean-François Fortchantre de la société Piktus (l’importateur exclusif de Mamiya en France) et la société DigitExpert de m’avoir confié cet appareil le temps d’un weekend ensoleillé.